Article MAJ le 19/03/2026 – En 2022, j’ai désinstallé les réseaux sociaux de mon téléphone. En 2026, je scrolle toujours autant. Ce que cette expérience m’a vraiment appris sur la visibilité, la dépendance et ce qui tient dans le temps.
J’ai désinstallé les réseaux sociaux de mon téléphone en 2022. En 2026, je scrolle toujours autant.
Je vais vous dire quelque chose que la plupart des articles sur la détox digitale ne disent jamais : ça n’a pas vraiment marché.
En janvier 2022, j’ai supprimé Instagram, LinkedIn et Facebook de mon téléphone. La décision est venue d’un soir de décembre où je suis tombée sur une instagrameuse littéralement lynchée en ligne pour avoir exprimé une opinion. Des menaces, des insultes, des jugements gratuits. J’ai ressenti un trop-plein physique : le genre de saturation qui ne laisse pas le choix. J’ai cliqué sur « supprimer l’application » et j’ai posé le téléphone.
Ce qui s’est passé ensuite, je l’ai décrit comme libérateur à l’époque. Et c’était vrai, pendant un moment. Il y a eu du silence, de la concentration retrouvée. Le sentiment de reprendre mon temps en main.
Mais 4 ans plus tard, la vérité est plus compliquée. Je publie depuis mon ordinateur uniquement, à des heures choisies : ça, c’est resté. Ma stratégie éditoriale a changé en profondeur : moins de posts, plus travaillés, une ligne de fond qui ne change pas.
Et je scrolle toujours trop sur mon téléphone.
Je vous le dis parce que c’est la partie honnête. Et parce que cette honnêteté est précisément ce qui m’a appris quelque chose d’utile, pas sur la dépendance aux réseaux, mais sur ce qui tient vraiment dans le temps.
Ce que j’avais mal compris en 2022
En supprimant les applications, j’avais posé le bon diagnostic sur le mauvais problème.
Le problème n’était pas que j’avais les applis sur mon téléphone, mais que je n’avais pas de fondation solide sous ma visibilité en ligne. Je publiais de façon réactive, quand l’inspiration venait, quand l’algorithme semblait favorable, quand j’avais quelque chose à dire ou l’impression que je devais dire quelque chose. Les réseaux étaient mon seul outil de visibilité réelle. Et ça, désinstaller une application ne le règle pas.
Ce que j’observe depuis que j’ai lancé mon activité en 2017 et que je vois se confirmer chaque année depuis : les entrepreneur·es qui construisent une visibilité durable ne sont pas ceux qui gèrent mieux leur temps sur les réseaux. Ce sont ceux qui ne mettent pas tous leurs œufs dans le même panier. Qui ont peu d’outils mais les travaillent en profondeur. Qui ont une fondation : un site, une newsletter, un positionnement clair qui tient même quand ils disparaissent 3 semaines de LinkedIn.
Les réseaux sociaux sont volatils par construction. Les algorithmes changent. Les plateformes évoluent ou meurent. Ce que vous construisez dessus ne vous appartient pas. Un compte peut être suspendu, un reach peut s’effondrer du jour au lendemain, une plateforme peut décider que votre contenu n’est plus prioritaire. Il n’existe pas de théorie du complot contre vous. C’est simplement le modèle économique de ces outils.
Votre site, lui, vous appartient. Votre liste email vous appartient. Ce sont les seuls actifs numériques sur lesquels vous avez un contrôle réel.
Ce que l’IA a changé et pourquoi ça accélère tout
En 2026, il y a un facteur que je n’avais pas en 2022 : l’uniformisation massive du contenu par l’IA.
Mon fil en 2026, c’est des posts qui se ressemblent. Les mêmes structures, les mêmes accroches, les mêmes « 3 erreurs que vous faites », les mêmes retournements en fin de post. La personnalité a disparu de beaucoup de comptes qui produisent pourtant régulièrement. La fréquence a augmenté. La singularité a diminué.
Ce que ça change pour vous, consultant·e, avocat·e, architecte, formateur·e professionnel·le qui voulez être visible en ligne : la régularité seule ne suffit plus. Elle ne suffisait déjà pas vraiment avant, mais l’IA a rendu l’évidence impossible à ignorer. Publier souvent sans point de vue précis, sans singularité travaillée, sans positionnement défendable, c’est ajouter du bruit à du bruit.
Ce qui reste audible dans ce contexte, c’est une vraie personnalité. Un vrai point de vue. Un angle que personne d’autre ne prendrait exactement comme vous le prenez parce que personne d’autre n’a exactement votre parcours, votre secteur, vos convictions.
Ça ne s’improvise pas et ça ne s’externalise pas à une IA. Ça se travaille (avec l’aide de l’IA pour gagner du temps) sur votre positionnement, sur votre image de marque, sur ce que vous voulez que les gens retiennent de vous quand ils quittent votre site ou votre profil.
C’est pour ça que je cherche maintenant activement des entrepreneur·es avec une vraie personnalité et des valeurs que je reconnais. Pas les comptes les plus actifs. Les comptes les plus provocateurs d’émotion.
Ce que je ferais différemment si je recommençais
Je ne désinstallerais probablement pas les applications. C’est une bonne idée, mais court-termiste, pour reprendre de la distance. L’énergie que j’ai mise à gérer ma présence sur les réseaux aurait été mieux investie plus tôt dans ce qui ne dépend pas des plateformes.
Je construirais mon site en priorité. Un site qui dit exactement qui je suis, ce que je défends, à qui je m’adresse, pourquoi travailler avec moi plutôt qu’avec quelqu’un d’autre. Un site qui fait le travail de conviction même quand je ne publie pas.
Je développerais ma newsletter plus tôt. Une liste d’abonnés qui ont choisi de lire ce que j’écris, sur une plateforme qui n’appartient pas à Meta ou à Microsoft, c’est un actif que rien ne peut me retirer.
Et je publierais moins sur les réseaux mais avec plus d’exigence sur ce que je publie. Moins de fréquence. Plus de profondeur. Un point de vue qui ne pourrait venir que de moi.
Les réseaux sociaux sont des amplificateurs. Ils amplifient ce qui existe déjà. S’il n’y a rien de solide en dessous (pas de site, pas de positionnement clair, pas de singularité travaillée), ils amplifient le vide.
Désinstaller les applications de votre téléphone vous donne finalement pas grand chose professionnellement. Par contre, construire une fondation vous aide à tenir sur la durée.




